L'accident
 

Dans la soirée du 19 juin, je suis allée manger dans un restaurant de notre région.  Avant de quitter, je suis allée à la salle de bain.  Je portais un ensemble très léger ressemblant à de la soie, mais qui était du polyester.  Une dame  avait laissé un mégot de cigarette encore allumé par terre.  Le mégot a collé à mon pantalon et lorsque j’ai ouvert la porte, avec le courant d’air (draft) j’ai pris en feu comme un rideau.  QUELLE HORREUR, j’étais devenue une torche humaine! J’ai essayé en vain d’enlever mon pantalon, mais tous mes vêtements fondaient en brûlant sur moi.  Je criais  des cris d’horreur, de douleur et de peur, jamais je ne les oublierai.  Quelle douleur!  Les gens ont eu peur et ont quitté le resto, il ne restait que la serveuse et deux clients.  Personne ne savait quoi faire.  Il aurait suffit de prendre une nappe ou un veston et de m’enrouler pour étouffer le feu, mais à la place la serveuse mettait de l’eau dans de petits verres et les passaient aux clients qui me les lançaient.  J’ai brûlé vive en l’espace d’environ  trois minutes.  J’étais toujours consciente et j’essayais de trouver un endroit pour me rouler par terre.  J’étais en train de mourir et je sentais que je quittais ce monde. Je m’accrochais, je ne voulais pas mourir.  Je sentais ma tête devenir grosse comme un ballon, j’ai appris par la suite que c’est la réaction normale du corps, il amène tous les liquides à  la tête pour protéger le cerveau.

Le branle bas de combat je ne m’en souviens pas, les pompiers, l’ambulance, les policiers, tout cela est confus dans ma tête.  On m’amena à l’hôpital de ma région. Chose surprenante, à mon arrivée à l’hôpital j’étais assez consciente pour donner le numéro de téléphone de ma mère. Le médecin de garde et le personnel infirmier n’avaient jamais vu une personne si brûlée et encore vivante.  Tout mon corps était brûlé, partout, je ne pesais plus que 47  livres (21 kg).  Le médecin a téléphoné au centre des grands brûlés à Québec et avec leur aide ils ont pu me stabiliser en suivant leurs directives pour faire des bandages adéquats afin de me transférer à Québec en ambulance. Ils ont dû utiliser les veines de mes pieds  (dites les veines de la mort) pour me mettre sous soluté.

Le médecin de Québec qui supervisait les opérations à distance leur a dit que c’était presque impossible que j’arrive à Québec vivante.  Ils ont commencé à m’administrer de la morphine à forte dose, car les douleurs étaient insoutenables. Le personnel ne voulait pas que ma mère me voit dans cet état, mais elle et ma sœur ont réussi à me voir quelques secondes avant mon transfert et elles me disaient : « Sylvia accroche toi, nous t’aimons ».  De chez moi à Québec ça prends environ une heure trente.  Ils m’ont intubé et ventilé.  Durant mon transport j’ai été victime de trois détresses pulmonaires et ils m’ont réanimé à trois reprises.

À mon arrivée au centre des grands-brûlés de Québec, le médecin et le personnel infirmier ont réalisé l’ampleur de mes brûlures. Ils ont alors provoqué mon coma avec de forte médication, car le plus  grand traumatisme que le corps humain puisse subir ce sont des brûlures.  À mon arrivée, tout mon corps semblait brûlé au troisième degré.  Le médecin cherchait désespérément un endroit qui ne soit pas brûlé pour débuter le prélèvement de peau pour débuter les greffes.  Après un nettoyage ils ont trouvé un tout petit bout de peau grand comme une pièce de 25 cents ( 2  cm de diamètre) qui n’était pas brûlé sur mon avant-bras gauche.  C’est alors que le Dr. Auger, spécialiste et chercheur en culture de peau, a pu débuter la culture pour moi.   À ce moment, j’étais dans un coma provoqué par médication et sur respirateur artificiel, j’ai ainsi côtoyé la mort pendant 4 mois.  Les médecins me donnaient à peine 2% de chance de survie.  Mon corps est brûlé sur 91% de surface corporelle au 3e degré profond, le restant étant brûlé au 2e degré. Durant cette période critique de 4 mois les médecins pensaient que chaque heure était ma dernière, imaginez quel choc ce pu être pour ma famille surtout quand elle est entrée dans ma chambre pour la première fois.  L’infirmière qui était de service à ce moment, Céline (un ange de douceur, une personne adorable) avait préparé ma mère (73 ans) en lui disant que j’étais méconnaissable.  En effet, j’étais comme une momie et j’avais la tête enflée à peu près deux fois sa grosseur normale.  Notre corps étant composé de 80% d’eau, les liquides qui demeurent vont se loger dans les extrémités.  Il y avait 14 appareils autour de moi qui assuraient ma survie.  Savez-vous qu’une personne dans le coma entend tout ce que vous dites, moi, en période où il n’y avait personne, la seule chose que j’entendais était le respirateur.  On entend comme à travers un tuyau, je ne comprenais pas vraiment ce que la personne me disait mais je reconnaissais les voix comme celle de ma mère et ma sœur. Elles sont venues me voir tous les jours pendant les 5 premiers mois.  Durant cette période de coma j’ai vécu d’affreuses hallucinations dues aux fortes doses de morphine.  Malgré cette forte médication je sentais la douleur à chaque fois qu’ils bougeaient mon corps, c’était atroce cette douleur qui me traversait le corps. 

Faire les changements de pansements prenait jusqu’à 4 heures.  Le bain dans lequel on me trempait avant d’enlever mes pansements me faisait du bien, mais était aussi atroce lorsque j’arrivais dans l’eau et lorsqu’ ils enlevaient mes vieux pansements souillés.  Par chance je sentais le support de ma famille, cela me sécurisait.

La peau étant l’écran protecteur de notre corps j’ai eu droit à toutes les complications et infections que le corps peut avoir.  Jour après jour ma famille a prié, pleuré, espéré que j’allais survivre.  Dans les premières semaines on me faisait environ 3 greffes de peau par semaine, toutes sous anesthésie générale et chaque chirurgie durait plusieurs heures. 

Durant ma période de coma je répétais sans cesse que je voulais remarcher et je demandais aussi sans cesse à mes infirmières : « Est-ce que je remarcherai? »  Et voilà que 4 mois plus tard le miracle arriva, on annonça enfin à ma famille que j’allais survivre à ce terrible accident.  Ce fut un soulagement indescriptible pour ma mère et cette annonce fut une joie immense.  Du point de vue médical, personne ne peut expliquer ce qui vient d’arriver.  C’était presque impossible.  Nous ne sommes que 5 personnes en Amérique du Nord ayant survécu à des brûlures de telles ampleurs.


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Sylvia xxx

 

 

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